Delémont joue la carte des énergies renouvelables

01.04.2011

Les Services industriels delémontains projettent de construire une microcentrale hydro-électrique dans la Sorne, à l’ouest de Delémont. Là où existe déjà un «seuil», une chute d’eau de 3 mètres, aménagée il y a plus d’un siècle pour alimenter un petit canal.

Le projet hydroélectrique delémontain remonte à 2003. Après les inondations de 2007, qui incitent la Ville à investir 15 millions pour lutter contre les crues, «nous l’avons adapté», explique Michel Hirtzlin, chef des Services industriels. Plutôt qu’une échelle à poissons à côté de la centrale, un ruisseau de contournement de la chute a été dessiné, afin de faciliter la migration de la faune. Pour éviter les levées de boucliers, Delémont a consulté largement. «Nous avons associé un maximum de partenaires, pour parvenir à une quasi-unanimité», commente le chef de projet, Pepi Natale.
 

Lampes LED pour l’éclairage public

Delémont investira 1,5 million, amorti en vingt-cinq ans, dans une turbine Kaplan de 150 kilowatts de puissance, à double réglage. L’installation nécessite la construction d’un bâtiment de 9 mètres sur 4,5 de large et 4 mètres de haut. «Pour un débit moyen de 4,5 m3 par seconde, à raison de 250 jours par an – la turbine ne tournera pas en période d’étiage – la centrale produira 500 000 kWh par année», explique Pepi Natale.
 
 «C’est une petite centrale, qui ne fabriquera que l’équivalent de 0,6% des 80 millions de kWh consommés à l’année à Delémont», renchérit Michel Hirtzlin, nuançant la notion d’«infiniment petit», car l’électricité sortie de la microcentrale «couvrira la moitié des besoins de l’éclairage public de la ville, sans compter que nous installerons des lampes led qui permettent d’économiser entre 30 et 50%».
 
Delémont s’assure que tous les impacts soient minutieusement analysés. «Nous devrons quelque peu ralentir le débit de la rivière avant la chute, ce qui augmentera la température de l’eau, précise Pepi Natale. Ce ne sera qu’un ou deux dixièmes de degré. Sans incidence pour le poisson.» «Nous poserons un aspirateur à ouverture suffisamment large à la sortie de l’installation pour que le rejet d’eau dans la rivière n’ait pas plus d’effet que la chute», ajoute Michel Hirtzlin. «Le projet de microcentrale ne peut qu’améliorer la situation», reconnaît Albino Dal Busco.
 

Photovoltaïque et éolien en projet

Un autre projet est en gestation dans le Jura, sur le Doubs, à Ocourt. Le projet de centrale delémontaine s’inscrit dans la stratégie énergétique renouvelable de la capitale jurassienne. Elle fournit de l’électricité sans recours au nucléaire, composée intégralement d’hydraulique produit en Suisse. «Le pas suivant consiste à produire nous-mêmes tout ou partie de nos besoins», précise Michel Hirtzlin. La Ville étudie ainsi le potentiel photovoltaïque des toits des immeubles de la cité. Avec les Services industriels genevois, elle projette un parc de quinze à vingt éoliennes, susceptibles de fournir davantage que les 80 millions de kWh consommés par année par Delémont.
 
Pour les éoliennes comme pour la petite centrale hydraulique, des sanctions démocratiques sont attendues. La demande de concession pour la microcentrale sera adressée au gouvernement jurassien cette année encore et le Conseil de ville (parlement) doit entériner le crédit. La réalisation pourrait intervenir en 2012, que le projet bénéficie ou non du soutien fédéral au prix coûtant.
 
Source : Le Temps du 16 mars 2011, Article signé Serge Jubin
Photo : © Jura Tourisme