Purifier l’eau grâce à l’énergie solaire

13.04.2011

La start-up lausannoise SwissInso a reçu deux premières commandes pour son système de containers Krystall, nous apprend le Temps. La première installation devrait être opérationnelle au printemps.

SwissInso veut apporter une réponse à la problématique de l’eau dans le monde. Sa solution pour purifier l’eau? Un système de deux containers entièrement alimenté à l’énergie solaire.
 
Etancher la soif des populations des pays en développement grâce au soleil, tel est le pari que Michel Gruering, ancien délégué du CICR devenu homme d’affaires, s’est lancé en créant SwissInso en 2006. En avril dernier, la société mettait sur le marché son système de purification et de désalinisation de l’eau baptisé Krystall. La start-up, qui emploie une quinzaine de collaborateurs au parc scientifique de l’EPFL a décroché ses deux premières commandes, en Algérie et en Malaisie en travaillant avec les distributeurs locaux. La première unité devrait être opérationnelle au printemps, celle de la Malaisie en juin. La société cible les villes et villages isolés, les situations humanitaires et de secours, les hôtels, les îles et les camps militaires.
 
Le dispositif fonctionne selon le procédé de l’osmose inverse. «L’eau impure est injectée sous pression à travers une série de membranes qui filtrent les particules impropres à la consommation», détaille Paul de Belay, vice-président marketing et ventes chez SwissInso. L’ensemble est fourni clés en main dans deux containers standards de douze mètres de long.
 
L’innovation réside dans l’autonomie énergétique du dispositif rendue possible par l’articulation de panneaux solaires. La structure permet de désaliniser 50 000 litres ou de purifier 100 000 litres d’eau saumâtre par jour. «Ce rythme de traitement permet d’assurer les besoins quotidiens en eau potable de près de 5000 personnes, précise Paul de Belay. Surtout, ces containers ne nécessitent aucune infrastructure électrique par exemple, alors que les technologies concurrentes sont plutôt gourmandes en apport énergétique.»
 

Investissement «lourd»

La PME vaudoise produit ses unités Krystall en Suisse. Elle prend ensuite en charge la formation de techniciens autochtones amenés à exploiter la structure une fois installée sur place.
A l’heure des bouleversements climatiques, ce système de purification offre une réponse parmi d’autres aux populations déshydratées. Selon les derniers chiffres de l’OMS, quatre milliards d’individus n’auraient pas un accès suffisant à l’eau potable. Et Paul de Belay de rappeler le paradoxe de l’eau: «Près de 80% des gens qui ne peuvent boire à leur soif habitent pourtant à côté de points d’eau ou dans des zones extrêmement pluvieuses.» Seul problème: l’or bleu est souvent impropre à la consommation.
 
Krystall est-il dès lors un système tout-terrain? Le climat semble avoir peu de prise sur la structure en métal galvanisé et l’espérance de vie des panneaux photovoltaïques est évaluée à 25 ans. «La capacité des batteries est telle que le dispositif peut fonctionner lorsque l’ensoleillement n’est pas optimal», ajoute le vice-président de SwissINSO. Il reconnaît que sa solution volumineuse (67m3) ne s’inscrit pas dans une logique d’urgence quand les infrastructures ne sont plus en état de fonctionner. «Mais beaucoup de pays qui se développent travaillent déjà avec les containers standards pour leur industrie, et notre solution s’applique alors parfaitement», estime le responsable de la communication, Irma Velazquez.
 
L’investissement de départ (entre 600 000 et 1,2 million de francs) est lourd, jugent certains. «Si cette technologie est très intéressante, son coût semble a priori dissuasif pour de nombreuses ONG du Sud ou les Etats les plus pauvres», estime le professeur François Zwahlen, directeur du Centre d’hydrogéologie et de géothermie de Neuchâtel. Pour permettre aux gouvernements ou aux ONG de travailler avec sa technologie, SwissINSO propose des solutions de leasing avec des partenaires locaux.
 

Levée de fonds imminente

Pour le développement commercial, Paul de Belay explique qu’il identifie des distributeurs sur place et démarche les gouvernements. Après une première levée de fonds de 6 millions de dollars, SwissINSO est en passe de boucler son second tour de financement, qui sera «un peu plus élevé que le premier», annonce Paul de Belay. L’entreprise lausannoise possède déjà des contacts avancés avec plusieurs pays africains et lorgne bien évidemment le marché du Moyen-Orient. Pour l’Asie, «nous sommes à un stade avancé dans les discussions avec un groupe de construction d’influence mondiale en vue de créer une coentreprise dans cette région», écrivait fin janvier Michel Gruering à ses actionnaires.
 
Photo : Installation de SwissInso, SwissInso