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La branche énergétique est elle aussi intéressée par les blockchains

25.01.2017

Les applications blockchain ont atteint une certaine maturité sur le marché dans le domaine de la finance. Entre-temps, d’autres branches industrielles examinent le potentiel de cette technique – notamment la branche de l’énergie.

L’application blockchain la plus célèbre et, en quelque sorte, la technique-phare est le Bitcoin. Ce système de paiement décentralisé permet d’exécuter des transactions directement entre l’expéditeur et le destinataire. Plus aucune centrale de traitement n’est par conséquent nécessaire. Les transactions sont compilées dans ce que l’on appelle des blocs, chacun de ces blocs formant une somme de contrôle, qui est transmise au bloc suivant. La chaîne qui en résulte est enregistrée de manière identique sur tous les ordinateurs du réseau, ce qui permet d’exclure dans une large mesure toute manipulation sur un bloc.

Dans chaque branche, l’un des objectifs commerciaux visés est une réduction des coûts de processus. Cela exige une flexibilité élevée et une réactivité rapide compte tenu de l’évolution permanente des exigences du marché. Tous les concepts qui promettent des simplifications de processus sans réduction des avantages clients suscitent dès lors de manière générale automatiquement un intérêt. Il n’y a donc pas que la branche de l’énergie qui trouve attrayante le fait qu’une application blockchain permette un simple échange «marchandise contre argent»: en l’occurrence, dès le moment où le client achète de l’électricité à un fournisseur, ce dernier est déjà payé par une monnaie électronique comme le Bitcoin. La transaction étant documentée de manière durable et sécurisée, le travail fastidieux de facturation, l’attente des délais de paiement et les procédures de relance sont en outre supprimés.

Il s’agit bien sûr ici de musique d’avenir. Au vu de l’état actuel de la technologie, nous sommes en effet encore très éloignés de ce scénario: difficile d’évaluer combien de temps cela prendra, mais au moins encore 10 ans. En effet, et pour exemple, les questions relevant de la technique, mais aussi du droit énergétique et des réglementations ne sont pas encore clarifiées, des technologies alternatives offrant par ailleurs des fonctionnalités en partie identiques pour certaines applications. Cela dit, compte tenu de la rapidité des changements dans la branche de l’énergie, il se pourrait très bien que les entreprises innovantes aient besoin de moins de temps pour y parvenir. Il y a ainsi aux quatre coins du monde déjà de nombreux projets précurseurs dans le domaine.

A l’exemple de ce qui est effectué par la start-up néerlandaise Powerpeers, plateforme informatique regroupant des producteurs et des consommateurs de courant vert. Si l’entreprise utilise encore le cloud pour les processus commerciaux, l’évolution vers la blockchain est d’ores et déjà incontournable.

Quant à la start-up allemande slock.it, elle s’est attelée à un autre nouveau domaine d’activité de la branche de l’énergie – l’électromobilité. Elle s’est fixée comme objectif de simplifier l’exploitation de bornes de recharge d’E-Mobility par l’automatisation de l’identification et du paiement. Les systèmes de règlement actuels tels que les cartes, les bons, les monnaies ou les applications exigent un travail de suivi particulier. Or, une blockchain permet d’automatiser le paiement sans difficulté et de le numériser. Un autre avantage de la blockchain est d’assurer simultanément un enregistrement vérifiable de la facturation, ce qui permet aussi une automatisation de la comptabilité des bornes de recharge.

On peut voir une petite application très efficace de la technique blockchain dans la President Street à Brooklyn. TransactiveGrid, une joint-venture de LO3 Energy et ConsenSys, y exploite en effet une plateforme, sur laquelle cinq maisons individuelles y produisent de l’énergie excédentaire et la vendent à cinq voisins de l’autre côté de la rue. Les contrats de livraison et d’achat sont entièrement conclus par voie électronique et enregistrés dans la blockchain. Sur le même modèle, il serait facile d’imaginer un réseau composé de 50 ou 5000 producteurs et acheteurs. L’application blockchain associe donc la transaction «livraison d’énergie» et la transaction financière «facturation». C’est simple et transparent pour toutes les parties.

Accenture, elle, adopte une démarche intéressante: l’entreprise a développé un prototype de blockchain qui peut être modifié dans certaines situations particulières, notamment pour corriger des erreurs humaines ou respecter des conditions légales ou réglementaires. La blockchain y conserve ses propriétés cryptographiques, explique Accenture dans une information.

La société envisage dans le cas présent des blockchains dites fermées, qui sont gérées par des administrateurs selon des règles établies au préalable. Cette technique blockchain sera ainsi certainement très intéressante pour les banques et les assurances, qui ont besoin d’une certaine flexibilité, notamment contre les «mistrades» à la bourse.

Quant à la start-up viennoise Grid Singularity, elle est persuadée que le nombre croissant d’applications sur le marché de l’énergie permettra de développer un marché parallèle qui gagnera en confiance. Le pas à franchir pour passer de l’ancien au nouveau système ne sera dès lors plus si grand.

Ce ne serait pas la première fois qu’une innovation s’impose de cette manière.

Peut-être que d’ici là, les «smart contracts» seront aussi opérationnels. Pour simplifier, il s’agit de protocoles qui reproduisent la logique des accords contractuels. Le code programme devient alors un contrat, ce qui peut rendre la transcription par écrit inutile le cas échéant.

Des smart contracts sont mis en œuvre lorsque des conditions (variables), définies au préalable, se présentent. Il peut s’agir notamment d’un paiement ou d’une date. A réception d’un paiement, la livraison, par exemple, peut être déclenchée. Dans la branche de l’énergie, cela pourrait s’appliquer au prélèvement d’électricité. Ainsi, en l’absence de paiement, un smart contract déclencherait automatiquement une relance ou interromprait la livraison d’électricité – en cas de relance sans effet.

Lors de transactions d’électricité avec des smart contracts, on pourrait aussi exercer une influence directe sur le contrôle des réseaux d’électricité et des installations de stockage en fonction des besoins des services de réseau. Si on produisait par exemple plus d’électricité que nécessaire à un moment donné, on pourrait charger des accumulateurs ou brancher des charges complémentaires.

Cela dit, étant donné que les smart contracts sont un programme informatique, la plus grande précaution s’impose bien évidemment. Des erreurs de spécification, de programmation ou de mise en œuvre peuvent en effet très vite entraîner des pertes de revenus importantes.

Cela étant précisé, la branche de l’énergie aussi va continuer d’exploiter le potentiel de la numérisation et de développer des applications correspondantes. Aujourd’hui déjà, les solutions dans ce domaine sont prometteuses.

 

Source : swissICT magazine, Martin Kauert