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Les voitures électriques et à hydrogène pour maîtriser la hausse des émissions de CO2

19.02.2020

 La mobilité a un grand rôle à jouer dans la maîtrise des émissions de CO2, puisque 72% des émissions suisses sont générées par le transport routier. « Il est donc essentiel de mettre en avant les voitures électriques », selon Christoph Ellert, professeur à la HES-SO Valais/Wallis. Mais cela pose de nombreux défis, notamment au niveau de l’infrastructure de recharge et de l’énergie électrique nécessaire, qui doit être « propre ». Les voitures à hydrogène ont également un rôle à jouer principalement pour les longs trajets.

La consommation des voitures baisse, tout comme les émissions par véhicule. Mais leur nombre augmente. « Ce que l’on a gagné en efficience a été perdu en nombre total. C’est le cas aussi pour les camions », selon Christoph Ellert. 
Environ 10'000 voitures électriques sont vendues chaque année en Suisse, soit 3% du total. Notre pays compte plus de 2500 bornes de recharge en Suisse, contre 3367 stations essence. Un effort est donc encore à fournir, surtout que le temps de chargement est beaucoup plus long que de faire le plein d’une voiture à essence. 

 

Puissance colossale nécessaire

Le moment du chargement dans la journée est également crucial, tout comme la puissance nécessaire. Admettons qu’en 2050, il y a 4,6 millions de voitures électriques en circulation en Suisse. « Même si uniquement 10% du parc automobile charge en même temps, il faudra une puissance de huit fois la centrale nucléaire de Leibstatt pour répondre à la demande. A basse puissance durant la nuit, il faudrait 1,5 fois la puissance de cette même centrale ».   
Les voitures sont en stationnement le 90% du temps. Actuellement, les voitures sont plutôt chargées entre 16h et 20h, y compris le week-end. « Ce créneau horaire n’est pas en adéquation avec la production solaire à disposition. Sans stockage, ce n’est pas jouable ». 
 
Autre souci : les bornes de recharge. Avec la multiplication du nombre de voitures électriques, il risque d’y avoir des embouteillages dans les stations de recharge, par exemple en été sur l’autoroute des vacances. Sans compter que le besoin de puissance est énorme. « Il faut du temps pour adapter l’infrastructure ». Christoph Ellert prend l’exemple de la première station d’essence, qui a été inaugurée en 1917, soit plus de 30 ans après la mise en circulation de la première voiture.

 

Davantage de solaire nécessaire

Reste que l’on ne va pas pouvoir éviter de subventionner les infrastructures afin de résoudre ces problèmes. Autre point crucial mis en avant par le professeur Ellert : la production d’électricité doit être vraiment renouvelable. Il est donc important d’augmenter massivement la production solaire. « Il faut une production multipliée par 13 pour remplacer le nucléaire et jusqu’à 50 fois pour couvrir les futurs besoins de la mobilité électrique. L’espace est là, mais il manque la volonté ».
 
L’hydrogène est également une piste intéressante, avec un temps de recharge jusqu’à 50 fois plus rapide qu’une voiture électrique et malgré un rendement plus faible. De manière pragmatique, il faut donc commencer avec des voitures électriques pour des petites distances et réserver les voitures à hydrogène pour les longs trajets. 
 
Mais avec cela, nous n’avons pas encore résolu le problème de l’engorgement du trafic, notamment dans les villes. La solution pourrait être des grands parkings en périphérie, avec bornes de recharge et grandes installations photovoltaïques sur le toit.

 
Propos recueillis le 5 décembre 2019 à l’occasion du VMIF