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Cockpit énergétique pour les politiciens communaux

04.03.2020

 La Suisse compte environ 2200 communes. Chacune d’entre elles dispose d’une infrastructure locale nécessitant de l’électricité, du gaz naturel, du pétrole et d’autres sources d’énergie. Les décisions des politiciens locaux ont ainsi une grande influence sur la consommation énergétique nationale. Une équipe de chercheurs du Valais a conçu un logiciel intitulé ‹EnergyView›, lequel assiste les politiciens locaux dans leur prise de décision en matière de politique énergétique. Après une phase pilote de deux ans, le cockpit énergétique est en service régulier depuis le début de l’année. Les communes suisses peuvent l’utiliser afin de reconnaitre les points de consommation inefficaces et prendre les mesures appropriées.

L’idée remonte à pratiquement dix ans et s’enracine dans la pratique politique communale: à l’époque, Arnaud Zufferey, Conseil municipal de Sierre (VS) et conseiller énergétique expérimenté, a constaté que les politiciens locaux disposaient de nombreux outils pour économiser de l’énergie mais qu’il leur manquait souvent la vue d’ensemble pour pouvoir appliquer ces outils judicieusement. Il arrivait qu’ils débutent l’assainissement du centre communal alors que la rénovation de l’école primaire était plus urgente du point de vue énergétique. Arnaud Zufferey, informaticien et scientifique environnemental de formation, était à la fois scientifique à l’Institut de recherche en informatique de gestion à la Haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO) Valais-Wallis. C’est ainsi que le développement de ‹EnergyView› a débuté, une plateforme informatique visant à aider les politiciens locaux à prendre des décisions judicieuse en matière de politique énergétique.
 

Consommation énergétique en francs et en centimes

EnergyView montre la quantité d’énergie consommée par une commune pour les bâtiments, les institutions et les véhicules de l’infrastructure communale au cours de l’année écoulée et compare ces valeurs avec les deux années précédentes. Les politiciens locaux travaillent souvent bénévolement et ne disposent pas toujours de connaissances approfondies des questions énergétiques en raison de leur formation et de leur activité professionnelle. Afin de satisfaire ce groupe d’utilisateurs, EnergyView ne présente pas la consommation énergétique de l’infrastructure communale en kilowattheures en premier lieu, ce qui est difficile à comprendre pour les non-spécialistes en énergie, mais en francs et en centimes.

«Lorsque les Conseils municipaux voient les résultats de notre plateforme, ils sont souvent surpris et s’étonnent de la consommation dans un domaine ou dans un autre. Ils convoquent alors le ou les responsables, ce qui donne lieu à une discussion dont il résulte idéalement un investissement judicieux dans une mesure énergétique», affirme Jérôme Salamin, expert en digitalisation chez CimArk SA (Sion). Cette organisme de promotion de l’innovation a conçu la plateforme EnergyView en collaboration avec les scientifiques de l’Institut de recherche en informatique de gestion de la HES-SO Valais-Wallis et le Groupe T2i, une entreprise d’innovation informatique active sur le plan international. Le projet a été soutenu par l’Office fédéral de l’énergie en tant que projet phare.
 

Recherche de mesures adaptées

Depuis de l'automne 2017, la plateforme a été progressivement mise à l'essai dans 40 communautés politiques, principalement dans le Canton du Valais. Les premières expériences de la phase pilote, qui s’achèvera à la fin de l’année 2019, sont désormais disponibles. La commune de Saas-Fee, par exemple, utilise EnergyView depuis août 2018.  «La plateforme est une bonne chose», déclare Fabian Kalbermatten, responsable des services de la commune valaisanne. «Les évaluations donnent l’occasion de discuter avec des personnes responsables de la consommation énergétique de la mairie, du centre d’entretien ou de la nouvelle école. On discute des raisons qui ont provoqué les changements observés dans la consommation. Et on réfléchit ensemble à des mesures adaptées.»

 

Les données MCH forment la base

Pour déterminer la consommation énergétique des biens immobiliers publics et des véhicules communaux, la plateforme recourt aux données de la comptabilité. La comptabilité des communes suisses est réalisée conformément au modèle de comptabilité harmonisé (MCH), lequel prévoit un compte spécifique à la consommation énergétique. Dans le cadre du projet EnergyView, les scientifiques de la HES-SO Valais-Wallis ont élaboré un algorithme qui lit les données énergétiques issues de la comptabilité MCH et les représente de manière compréhensible pour les utilisateurs. Il suffit de télécharger les données de comptabilité enregistrée dans un fichier Excel sur la plateforme EnergyView. Plus des données relatives à l’énergie sont détaillées dans la comptabilité, plus la présentation de la plateforme EnergyView sera claire. Idéalement, il est possible de les analyser par consommateurs (école, centre d’entretien, piscine, flotte de véhicules, etc.) et par sources d’énergie (électricité, gaz, pétrole, essence, etc.).

L’expérience montre que les communes utilisent le modèle de comptabilité harmonisé de manières très différentes. Le traitement des données énergétiques avec EnergyView s’est également avéré plus laborieux que prévu par l’équipe du projet. Depuis, la plateforme maitrise l’exportation des données pour toutes les solutions logicielles disponibles sur le marché. Le tableau de bord affiche différentes valeurs de référence: le coût de l’énergie, le coût de l’énergie par habitant, le coût selon la source d’énergie et son évolution sur trois années.
 

Disponible pour toutes les communes

EnergyView utilise les données financières pour en déduire la consommation énergétique. Cette méthode a ses défauts. Si, par exemple, les coûts énergétiques de la piscine couverte explosent soudainement par rapport à l'année précédente, cela n'est pas nécessairement dû à une hausse de la consommation, mais à l’augmentation du prix du pétrole. La plateforme tente de tenir compte de ces effets tarifaires en incluant les données relatives au coût de l’énergie. Cela suppose toutefois que le système soit «alimenté» avec les données correspondantes. La plateforme ne prétend pas pouvoir montrer la consommation d'énergie précise car cela n’est pas indispensable pour l’usage prévu, comme le dit Jérôme Salamin: «Au quotidien, un conseil municipal n’a pas besoin de données précises au-delà de la virgule des décimales; il lui faut un point de départ pour ses actions politiques.»
 

Informations complémentaires : site web EnergyView

Source : OFEN, article écrit par Dr Benedikt Vogel