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Comment ça va la petite hydro ?

11.11.2021

La journée technique de Swiss Small Hydro – l’association suisse pour la petite hydraulique (SSH) - s’est bel et bien tenue le 9 octobre dernier dans la commune du Val de Bagnes. Cette rencontre dédiée à la petite hydraulique a été ponctuée par les interventions d’experts issus de la recherche appliquée (HES-SO Valais-Wallis), d’entreprises romandes (Altis, Mhylab) et de l’Office fédéral de l’énergie. Avec un discours précis et enjoué, le Président de l’association SSH, Benjamin Roduit, ouvre le débat sur un sujet technique, qui anime la sphère politique.

En préambule de la conférence, Benjamin Roduit souligne l’importance de chaque kWh d’énergie propre, renouvelable et indigène et soulève les défis qui attendent le secteur de la petite hydraulique. La petite hydro, dans le contexte actuel, ne se porte pas si mal, mais est-ce que ce sera suffisant pour ces prochaines années ? (Re)découvrez ci-dessous le discours de Benjamin Roduit, prononcé en ouverture de l’évènement.
 

Extrait du discours d’introduction de Benjamin Roduit, Président de l’association

« Si le covid n’a pas vraiment impacté notre branche, d’autres événements ont perturbé la santé et l’efficience de la production d’énergie en général.
 
Ainsi l’échec de l’accord institutionnel crée de nombreuses incertitudes et renvoie l’accord européen sur l’électricité à des jours meilleurs. Cela signifie notamment qu’on ne sait pas sur quel modèle de marché la production électrique devra s’appuyer ces prochaines années.
 
Le refus par le peuple de la loi sur le CO2 en juin dernier suscite aussi beaucoup d’inconnues. Comment financerons-nous les énergies renouvelables censées compenser la sortie du nucléaire et la neutralité carbone prévue à l’horizon 2050 ? 
Lorsqu’on sait que la consommation d’énergie avec notamment la mobilité électrique augmentera dans l’intervalle de plus de 10 % on peut penser qu’il serait difficile d’atteindre les objectifs 2050.
 
Pour cette raison, nous devons sans cesse rappeler dans l’opinion publique et auprès des décideurs que chaque kWh d’énergie propre, renouvelable et indigène compte. L’apport et le développement de nos petites installations hydrauliques revêt ainsi une réelle importance.
 
Pour mémoire nous produisons le 6,5 % de la consommation suisse, soit 4 TWh et notre potentiel est de 5,5 TWh si l’on préserve des conditions-cadres correctes.
 
Or, il faut le dire, le combat est rude. Au Parlement, nous sommes souvent agressés par des milieux écologiques qui estiment que nos coûts de production sont trop élevés et ne devraient plus être subventionnés. Pire, on nous accuse de nuire à la biodiversité en raison d’une utilisation des cours d’eau qui ne devrait selon eux plus être permise en Suisse. Je n’invente rien, c’est une parlementaire qui me l’a dit lors de notre dernière session.
 
Et encore, si on se contentait de paroles. En septembre dernier, dans le cadre des débats parlementaires au sujet d’une initiative favorable aux énergies renouvelables, dont notre petite hydro, nous avons dû déjouer des attaques directes visant à supprimer toute subvention pour des installations de moins de 3 MW. En collaboration avec les producteurs de la grande hydro, nous avons pu cette fois nous en sortir, mais jusqu’à quand ?
 
Le prochain combat est d’ores et déjà programmé et il s’agira de débattre tout prochainement sur le « Mantelerlass », un projet de loi fédérale pour un approvisionnement en électricité sûr reposant sur des énergies renouvelables 
Nous aurons surtout à communiquer sur la qualité technique de nos installations, et c’est le but premier d’une journée telle que celle-ci. Il s’agira aussi de démontrer que nous savons utiliser l’eau à des fins énergétiques tout en la protégeant sur le plan environnemental. Nous devrons aussi fructifier notre capital de sympathie auprès de la population. Celle-ci soutient la production décentralisée d’électricité et le principe d’une autoconsommation locale comme nous l’offrons grâce à bon nombre de nos petites installations.
 
Je ne peux terminer sans évoquer un problème croissant : celui de la remise en question des droits d’eau permanents et du zèle de certains cantons à remettre en question nos concessions et à exiger dans des délais très courts l’assainissement des installations concernées.  Plusieurs membres nous ayant fait part de difficultés à ce sujet dans leurs cantons respectifs, nous avons commandé une expertise juridique sur ces droits permanents qui a été mis à votre disposition dans le courant de l’année. De plus, dans le cadre d’une procédure menée à ce sujet par l’un de nos membres, nous avons décidé de demander un avis juridique. Dès que la décision sera connue, elle vous sera présentée et pourra faire école dans d’autres situations. Nous vous invitons d’ores et déjà à nous faire part de vos expériences. Une lettre vous parviendra prochainement à ce sujet.
 
Comme vous le voyez, nous nous efforçons de vous défendre au mieux. Mais n’oubliez pas que c’est avant tout grâce à vous, à votre motivation et à la qualité de votre travail, que nous pourrons faire remonter nos atouts jusqu’au plus haut niveau politique. Après avoir été invité à 2 tables rondes par Mme Sommaruga, comme président de Swiss Small Hydro, le message semble progressivement passer. J’en veux pour preuve que lors de ma dernière rencontre avec Mme la Conseillère fédérale, elle m’a salué en disant « Comment ça va la petite hydro » ? Je lui ai répondu que dans le contexte actuel, elle ne se porte encore pas si mal, mais qu’à l’avenir il faudra bien mieux la considérer. »