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Crise énergétique : le Smart Energy, toujours autant d’actualité !

30.08.2022

La crise actuelle et les incertitudes qui planent sur l’hiver prochain sont une opportunité pour donner un coup d’accélérateur à la transition énergétique. Lors de la 12e édition de l’Event Smart Energy, organisée en fin de semaine dernière sur le Campus Energypolis de Sion, une multitude de cas concrets visant à une production intelligente et durable de l’énergie ont été présentés. Une chose est sûre, que ce soit à l’échelle des pays, des régions, des communes ou des quartiers, les gens sont tous en train de travailler pour la transition. Reste maintenant à profiter de ce coup d’accélérateur tout en gardant l’objectif final de la stratégie énergétique 2050. 


Près de 120 personnes ont participé à l’Event Smart Energy, organisé pour la première fois sur deux jours par la Fondation The Ark et CleantechAlps. La conférence a débuté jeudi soir par un exposé de l’éco-aventurier Raphaël Domjan, qui a lancé un vibrant appel pour accélérer la transition énergétique. Selon lui, cette transition passe notamment par l’utilisation massive de l’énergie solaire, qui sera l’une des énergies les plus bon marché à terme. 

Après une visite des lieux secrets de la ville de Sion, les participants ont pu ensuite assister à une table ronde animée par Fabrice Delaye (Heidi.news). Celle-ci a réuni Pierre Roduit (HES-SO Valais/Wallis), François Fellay (OIKEN), Stéphane Maret (FMV) et Raphaël Domjan. Durant cette table ronde, il a beaucoup été question de l’hiver prochain, qui pourrait poser problème au niveau énergétique. Selon les intervenants, l’important est que la potentielle crise qui se profile ne remette pas en cause l’objectif, qui est en lien avec la stratégie énergétique 2050 et la décarbonation. Mais s’il devait y avoir des délestages cet hiver, ce sera quoi qu’il arrive un accélérateur pour la transition énergétique, vu que les gens seront directement touchés et concernés.

 


La Chine aussi en route vers sa transition énergétique

Vendredi, second jour de conférence, l’Event Smart Energy a accueilli six orateurs qui ont parlé de sujets brûlants. Le premier était en lien avec la Chine. Ce pays est le plus gros contributeur de nouvelles émissions de carbone, a rappelé Nicolas Musy, de China Integrated. « La transition énergétique de la Chine est essentielle pour le monde, vu que le pays produit 38% des émissions carbone totales ». La Chine a des soucis en lien avec la pollution et les dérèglements climatiques (inondations, chaleur...). Elle souhaite également assurer sa sécurité énergétique. « Grâce à ses sociétés d’Etat, elle peut fonctionner comme une grande société et ainsi avancer ». Ce pays est plus innovant que l’on peut le penser, notamment dans le domaine de la transition énergétique.

Autre sujet d’actualité : le réseau de gaz. Gilles Verdan, de Gaznat, a rappelé que son entreprise avait un fort Intérêt pour la convergence des réseaux. L’idée est de pouvoir valoriser l’énergie excédentaire de l’hiver et la stocker sous forme de gaz. Du coup, Gaznat privilégie des projets de type Power-to-gaz et de stockage. L’entreprise développe ainsi un projet de stockage de gaz en cavités rocheuses. « Ce type de projet est très demandé actuellement. Reste à trouver le financement, de l’ordre de 400 à 500 millions de francs. Il faut également compter avec une procédure de plusieurs années », selon Gilles Verdan. 

 


Un système électrique renouvelable et fiable pour éviter les délestages

« Si l’on est dans le noir cet hiver, on ne sera pas tout seuls, car beaucoup d’énergie transite par la Suisse ». C’est ce qu’a mis en évidence le professeur HES-SO Valais/Wallis Philippe Jacquod. Ce dernier a fait un bref historique des black-out. Selon lui, le black-out, n’est pas causé par un manque de production, mais plutôt par une panne de courant non planifiée. Dès lors, il est important de pouvoir compter sur un système électrique renouvelable, fiable et abordable. « Sa mise en place dépasse de loin les gains financiers promis par les libéralisations et les autres dérégulations ».

Reste que pour augmenter la production et ainsi éviter des délestages ponctuels au niveau du réseau, il est important de travailler sur la gestion des exportations, pour consommer local. « Il s’agit aussi d’augmenter la production photovoltaïque. Un accord avec l’UE est impératif et il faut développer les renouvelables et à courte échéance, tout en améliorant la gestion de la production dans l’hydroélectricité », précise Philippe Jacquod.

« La transition énergétique est ratée, vu que nous craignons des pénuries. Il faut donc faire une révolution et aller vers l’efficience, voir même la résilience », a précisé de son côté Laurent Balsiger, directeur de la Société Electrique des Forces de l'Aubonne (SEFA). En Suisse, la décentralisation permet de prendre les choses en main et ne pas attendre les directives d’en haut. La SEFA va ainsi investir environ 50 millions de francs ces prochaines années dans cinq axes : augmentation de la production d’énergie propre renouvelable, extension des services énergétiques du bâtiment, développement des services de mobilité multimodale, valorisation des réseaux de télécommunications et élargissement des services aux communes. 

Chauffage à distance, biogaz, production d’hydrogène, éolien, géothermie, fabrication de pellets : les projets ne manquent donc pas dans la région et cela témoigne du dynamisme et de l’envie de certaines sociétés de services industriels en Suisse romande. « L’enjeu est aussi de garder les compétences au niveau local », selon Laurent Balsiger.

 


De la Chine à Zurich : les villes au cœur de la transition

Les villes sont également au cœur de la transition énergétique. Stéphanie Shi, du World Economic Forum, a présenté les différents défis et les opportunités pour les villes du monde, notamment en Chine. « Nous avons identifié six piliers pour amener les villes vers la décarbonation : énergie, mobilité, bâtiment, eau, nourriture et planification technologique. Trois domaines clés sont également essentiels pour mettre en place des actions concrètes : déploiement des technologies vertes, soutien au système de financement et soutien à la politique ». Pour aider les villes, le WEF a développé une initiative « Net Zero Carbone » pour les villes, avec notamment une boîte à outils comprenant pas moins de 200 cas pratiques. 

La Ville de Zurich travaille depuis quelques années à sa transition, avec l’objectif d’être neutre en CO2 d’ici 2040. Selon Jörg Soler, directeur technique et production, le chauffage à distance permettra d’atteindre en partie cet objectif. « La chaleur à distance répondra à 60% des besoins en 2040, contre 25% actuellement. Cela impliquera aussi une augmentation de 30% des travaux dans les rues de la ville pour les 20 prochaines années ». Un investissement de 1,5 milliard de francs est prévu pour développer le réseau de chaleur. 

« Nous avons de l’énergie, un plan et de l’argent. Il n’y a pas de souci technique. Mais l’idée est aussi de travailler sur la décarbonisation. Nous avons beaucoup d’options et pensons que nous pouvons y arriver, surtout que techniquement c’est possible ». Jörg Soler imagine également recourir plus massivement aux pompes à chaleur pour le chauffage. « Mais cela implique une augmentation de la consommation d’environ 10 à 15%. Il est donc important de renforcer la production d’énergie ». 

 


Une treizième édition en 2023

L’Event Smart Energy s’est poursuivi dans l’après-midi par des visites des laboratoires de la HES-SO Valais/Wallis sur le Campus Energypolis, la visite du chauffage à distance d’OIKEN et un pitch de start-up en lien avec l’énergie (WattAnyWhereMobyFlyZaphiroUrbio et Smartsuna). La 13e édition de l’Event Smart Energy aura lieu à fin août 2023 (date encore à confirmer). 


Informations complémentaires : www.eventsmartenergy.ch et www.smartenergyportal.ch