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Étude concernant le potentiel de développement hydroélectrique en Suisse

17.09.2019

L’hydraulique suisse contribue aujourd’hui de manière déterminante (à près de 60%) à la production indigène d’électricité. De ce fait, le maintien et la poursuite du développement de cette source d’énergie renouvelable sont un objectif déclaré de la Stratégie énergétique 2050. S'agissant de la production annuelle moyenne, la loi sur l’énergie en vigueur vise la valeur indicative minimale de 37 400 GWh en 2035. D’après le message relatif à la Stratégie énergétique 2050, cette valeur devrait atteindre 38 600 GWh d’ici 2050. Une nouvelle étude de l’Office fédéral de l'énergie (OFEN) a ensuite examiné si cet objectif de développement peut être atteint sur la base des potentiels existants.

 
Les valeurs indicatives fixées dans la loi sur l'énergie et dans le message relatif à la Stratégie énergétique 2050 se basent sur l'analyse du potentiel hydroélectrique élaborée par l'OFEN en 2012. En s'appuyant sur l'année de référence 2011, le potentiel de développement de la force hydraulique en Suisse d'ici 2050 était à l'époque évalué entre 1530 GWh/an dans les conditions d'utilisation actuelles et 3160 GWh/an en cas de conditions d'utilisation optimisées.
 
L'OFEN vient d'actualiser cette analyse, car aussi bien les conditions-cadres économiques que certains éléments du cadre légal ont changé depuis. À cet effet, tous les acteurs concernés (secteur de l'électricité, services cantonaux de l'énergie, milieux scientifiques, organisations de protection de l'environnement et autorités fédérales) ont été consultés. Le but était de vérifier si la valeur indicative de développement visée était atteignable.
 
 

Résultats

Développement depuis 2012: la production correspond à la production moyenne escomptée d'après la statistique des aménagements hydroélectriques en Suisse (SAHE) plus la production escomptée des plus petites centrales hydrauliques (puissance installée < 300 kW), moins le besoin en électricité moyen de toutes les pompes d'alimentation. Elle s'inscrivait à 35 350 GWh/a en 2012 et à 35 990 GWh/a au 1er janvier 2019. La production annuelle moyenne a ainsi augmenté de 640 GWh/an grâce aux constructions, aux rénovations et aux agrandissements.
 
Le potentiel de la grande hydraulique n'a guère changé: le potentiel des nouvelles grandes installations hydroélectriques (puissance supérieure à 10 MW) a été évalué sur la base d'une liste actualisée d'une trentaine de projets concrets de nouvelles centrales déjà connus en 2012. Leur potentiel à l'horizon 2050 se situe entre 760 et 1380 GWh/an (entre 770 et 1430 GWh/an en 2012). Le potentiel de rénovations et d'agrandissements des centrales existantes se situe entre 970 et 1530 GWh/an (entre 870 et 1530 GWh/an en 2012).
 
Le potentiel de la petite hydraulique est considérablement plus bas: comme en 2012, le potentiel des nouvelles petites installations hydroélectriques (puissance inférieure à 10 MW) ainsi que des rénovations et des agrandissements a été évalué sur la base de la liste des inscriptions à la rétribution de l'injection et de la probabilité de réalisation des projets. D'ici à 2050, le potentiel se situe donc entre 460 et 770 GWh/an et est par conséquent bien plus bas qu'en 2012 (entre 1290 et 1600 GWh/an). Il faut en outre s'attendre à ce que certaines petites centrales hydroélectriques prévues ou existantes disparaissent. Sans encouragement, ces dernières ne sont pas rentables ou se découplent du réseau en cas d'investissement de rénovation majeur. Cette perte est estimée à 350 GWh/an dans les conditions d'utilisation actuelles et à 220 GWh/an en cas de conditions d'utilisation optimisées. Au total, le potentiel se situe entre 110 et 550 GWh/an d'ici 2050, ce qui est nettement inférieur à 2012 (entre 1290 et 1600 GWh/an).
 
Des pertes de productions nettement plus importantes en raison des dispositions relatives aux débits résiduels: depuis l'entrée en vigueur de la loi sur la protection des eaux en 1992, les débits résiduels doivent être respectés, qu'ils s'agissent de nouvelles concessions ou du renouvellement de concessions existantes. Une grande partie des concessions actuelles arriveront à échéance entre 2030 et 2050. Les pertes de production d'ici à 2050 sont désormais estimées à 1900 GWh/an (contre 1400 GWh/an en 2012). La nouvelle évaluation s'est basée sur l'analyse de 107 concessions octroyées jusqu'à fin 2017. Dans la mesure où cet échantillon ne concerne qu'une petite partie des concessions arrivant à échéance fin 2050, seule une analyse ultérieure devrait permettre de tirer des conclusions fiables au sujet des baisses de production. Les répercussions des directives en matière d'assainissement (migration des poissons, éclusées, régime de charriage) n'ont pas pu être quantifiées, car on ne dispose que d'une faible expérience en la matière avec un nombre restreint de projets concrets.
 
Le potentiel non pris en compte: Ne sont pas pris en compte dans l'analyse, le potentiel des nouveaux lacs glaciaires (env. 700 GWh/an), d'une part, ainsi que celui des projets qui n'ont pas été dévoilés pour des raisons de confidentialité, d'autre part. Le potentiel de production annuelle identifié à l'horizon 2050 pourrait ainsi être supérieur de plusieurs centaines de gigawattheures.
 
 

Conclusions

En comparaison avec l'étude de 2012, le potentiel de développement évalué à l'horizon 2050 dans des conditions d'utilisation optimisées est inférieur d'environ 1600 GWh/an. Déduction faite du développement de 640 GWh/an entre 2012 et 2019, la différence effective s'élève à 960 GWh/an.
 
La valeur indicative de développement définie dans la loi sur l'énergie en vigueur à l'horizon 2035 est réaliste. Il faut cependant que le potentiel identifié soit presque entièrement réalisé d'ici à 2035 déjà.  Pour ce faire, un développement net moyen de 85 GWh/an est nécessaire ces prochaines années (ce dernier est de 87 GWh/an depuis 2011).
La présente étude ne permet pas de déterminer si la valeur indicative de développement postulée dans le message relatif à la Stratégie énergétique 2050 peut être atteinte d'ici 2050. Le potentiel de production annuelle identifié à l'horizon 2050 pourrait ainsi être supérieur de plusieurs centaines de gigawattheures en cas d'exploitation du potentiel des lacs glaciaires et de celui des nouveaux projets de construction qui n'ont pas encore été dévoilés. Le développement de ce potentiel par le secteur de l'électricité dépend beaucoup de l'évolution des conditions-cadres économiques de la force hydraulique indigène.
 
 

Perspectives énergétiques 2050+

Depuis la conception globale de la politique énergétique, datant du milieu des années 1970, l'OFEN a élaboré périodiquement des perspectives énergétiques. Ces dernières présentent les options envisageables pour la planification d'une politique énergétique durable. Les perspectives énergétiques 2050 ont été développées dans le cadre de l'élaboration du premier paquet de mesures de la Stratégie énergétique 2050. Les travaux concernant les perspectives énergétiques 2050+ sont en cours; ces dernières devraient être disponibles au cours du deuxième semestre 2020. Les résultats de la présente analyse et bon nombre d'autres analyses sur l'évolution de la consommation et de la production d'énergie, l'économie, la mobilité ou les technologies seront intégrées aux perspectives énergétiques 2050+.
 
Le potentiel évalué dans des conditions d'utilisation optimisées sera utilisé pour la modélisation du scénario climatique des perspectives énergétiques, et celui évalué dans les conditions d'utilisation actuelles pour le scénario de référence. On entend par conditions d'utilisation optimisées un meilleur contexte économique pour la force hydraulique suisse, une meilleure prise en compte des intérêts liés à l'utilisation de la force hydraulique ainsi qu'une mise en œuvre équilibrée des prescriptions environnementales conforme à la pratique actuelle.
 

Source : OFEN