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La conduite autonome va révolutionner la mobilité de demain

08.01.2020

 Quatre grandes tendances arrivent ces prochaines années dans le domaine de la mobilité. La première d’entre elles est la conduite autonome, qui va être la plus grande évolution depuis le début de l’automobile. La seconde est la connectivité, qui devient de plus en plus attendue par les utilisateurs à l’intérieur des véhicules. La troisième concerne l’électrification, qui posera beaucoup de défis à l’infrastructure. La dernière est en lien avec la mobilité partagée. « La confluence de ces quatre tendances - et surtout de la première et de la dernière - va créer une révolution importante dans la mobilité ». C’est ce qu’affirme Thibaut Müller partenaire associé de McKinsey. 

Depuis 2014, McKinsey réalise un sondage mondial sur la mobilité. Il en ressort que deux tiers des personnes interrogées sont ouverts à légaliser la conduite autonome. « Il est intéressant de constater que le taux d’approbation est grand en Chine, mais beaucoup moins aux USA, qui abrite la majorité des tests ». L’autre grand constat est que seulement 10% des sondés songent vraiment à acquérir une voiture électrique. Ce qui faire dire à Thibaut Müller que la révolution électrique n’est pas encore pour tout de suite. Le sondage fait également ressortir le fait que les gens qui utilisent des services de mobilité partagée de type Uber prendraient les transports publics si de tels services n’existaient pas. « Il est donc important d’intégrer les transports publics dans la réflexion ».
 

Voitures autonomes dès 2021 ?

L’achat d’une voiture est le second investissement le plus important d’une vie après le logement. Or, elle est utilisée seulement 3 à 6% du temps. La conduite autonome va changer cela. « D’ici quelques années, la voiture pourra tout faire : conduire, comprendre l’environnement et même s’arrêter elle-même en cas de besoin ».

Actuellement, les voitures peuvent conduire toutes seules dans 99% des cas. « Il reste des situations spécifiques à régler, comme lorsqu’il y a des vélos suspendus à l’arrière des voitures. L’ordinateur a de la peine à différencier, tout comme des débris ou papiers sur la route ». L’autre complication est en lien avec l’intégration des capteurs. « Aujourd’hui, les Tesla fonctionnent avec beaucoup de caméras et un radar. C’est donc plus difficile s’il pleut ou s’il neige, surtout que ces caméras n’ont pas de notion de profondeur. Il faudra encore un moment pour résoudre techniquement ces cas de figure. Bien que tous les fabricants repoussent sans cesse la date de commercialisation, les voitures autonomes devraient arriver entre 2021 et 2023, selon McKinsey.  
 

Google en avance avec sa filiale Waymo

Les tests vont bon train, principalement en Californie. « Waymo, filiale de Google, a déjà roulé près de deux millions de kilomètres en conduite autonome. En moyenne, une intervention humaine n’a été nécessaire qu’une fois tous les… 17'000 kilomètres ». Ce qui montre la maturité des technologies… et l’avance de Waymo par rapport aux autres fournisseurs de technologie. 

Au niveau des coûts, un taxi à conduite autonome, en mobilité partagée, permettra de diviser par trois les coûts par kilomètre par rapport aux taxis actuels. Les prix seront équivalents à ceux de la voiture privée et des transports publics. « C’est donc une grande révolution, qui nous attend d’ici 2025-2030 ».
 

Taux de pénétration plus important pour les bus électriques

En ce qui concerne les voitures électriques, leur taux de pénétration devrait atteindre 25% d’ici 2030, contre 3% actuellement. « Ce taux n’ira pas au-delà, car il faudra produire ces voitures et il n’est pas sûr que les conducteurs voudront les acheter », selon Thibaut Müller. Pourtant, plus de 300 modèles seront lancés ces prochaines années. C’est surtout lié aux exigences de baisse des émissions de CO2 fixées aux constructeurs.  

Davantage que les voitures, ce sont plutôt les bus électriques qui sont promis à une forte croissance. Selon McKinsey, la proportion de bus électriques passera de 10% à 75% en 2030. 
 

93% des investissements viennent d’acteurs externes au domaine

Beaucoup d’acteurs veulent entrer et jouer un rôle dans la mobilité. McKinsey traque les investissements externes et a identifié 1'100 entreprises qui y ont investi plus de 220 milliards de dollars depuis 2010. C’est davantage que l’ensemble de la R&D du domaine de l’automobile. 

Ces investissements ont principalement été consentis dans le e-hailing (commande de véhicules à la demande de type Uber ou Lift), la conduite autonome y compris les fabricants de capteurs, la télémétrie et le trafic intelligent ou encore les semi-conducteurs, puisque les voitures seront toutes équipées de microprocesseurs internes pour faire fonctionner les algorithmes. « Dans ces investissements, il est intéressant de constater que le 93% du total provient de l’extérieur du domaine, surtout de Venture Capitalists et d’acteurs technologiques. Seuls 7% viennent des marques automobiles historiques ». 
 

Propos recueillis le 5 décembre 2019 à l’occasion du VMIF