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La mobilité de demain a fait débat lors du 4e Verbier Mobility Investment Forum

11.12.2019

La 4e édition du Verbier Mobility Investment Forum (VMIF) a eu lieu le 5 décembre dernier à l’Espace Saint-Marc au Châble. Il a réuni environ 160 spécialistes du domaine de la mobilité, qui ont pu échanger sur l’avenir de la mobilité, notamment sous l’angle de la digitalisation, de l’électrification et de la conduite autonome. La forte participation pour cette manifestation, qui ne cesse de progresser au fil des éditions, est un signe de l’importance des questions liées à la mobilité dans les régions alpines. Retour sur les moments forts de cette journée co-organisée par CleantechAlps avec le soutien de la Commune de Bagnes. 

 

En ouverture du Forum, le président de la commune de Bagnes Eloi Rossier a rappelé que des solutions pour des alternatives à la voiture étaient « espérées et attendues », surtout en montagne. La fondatrice du Forum Isabelle Schirmer a quant à elle précisé que le secteur de la mobilité était influencé par trois lames de fond : la transition énergétique (en lien avec l’envie d’une consommation plus sobre et électrique), une évolution sociétale vers une consommation des transports à l’usage et une tendance aux services à la demande et instantanés, grâce aux technologies.
 
Bernard Wuthrich, journaliste au Temps, a détaillé le système de financement des transports publics en Suisse. « Avec 250 entreprises, c’est complexe ». Aujourd’hui, ce sont principalement les cantons qui ont le plus gros poids dans les décisions. A l’avenir, les enjeux vont tourner autour de la digitalisation et le « mobility pricing ». Cela permettra de mieux répartir le trafic sur la journée et d’organiser différemment le travail (télétravail, flexibilisation). Mais tout ceci va prendre du temps, surtout s’il faut modifier des lois fédérales pour y arriver.


 

Les transports par câble, composante incontournable de la mobilité alpine

Une partie de la matinée a été consacrée aux liaisons par câble. Romain Fournier, de l’Antenne Région Valais romand, a rappelé que l’un des premiers téléphériques urbains avait été inauguré en 1934 à Grenoble. « Ces liaisons sont souvent des défis au niveau de l’exploitation, avant de devenir un produit touristique d’appel des villes ».
 
Gilles Délèze, du Canton du Valais, a fait un état des lieux des transports à câble dans la région. A l’heure actuelle, il y a 22 remontées mécaniques qui font du transport public par câble en Valais. « En outre, 17 projets sont en cours et chaque semaine j’en ai qui arrivent sur mon bureau ». Le câble, c’est rapide et c’est fréquent. Aucun des projets en développement n’est d’ailleurs plus lent que la voiture individuelle et les transports publics routiers.
 
Florian Piasenta, président de la commune de Salvan, a détaillé les futurs développements de sa commune en matière de mobilité, notamment en lien avec le train Mont-Blanc-Express et la création d’ici quelques années d’une nouvelle télécabine. « Le but est de limiter, voire supprimer, les bus de skieurs ou d’écoliers qui circulent dans la commune ». Guillaume Page, aménagiste de la commune de Bagnes, a rappelé quant à lui le rôle de la télécabine Le Châble-Verbier, en fonction depuis 1975. L’idée est de pouvoir intégrer cette télécabine dans le transport public des voyageurs. Cela permettrait notamment une plus grande digitalisation (avec des forfaits combinés train et ski), une amélioration des transitions entre train et télécabine, moins de CO2 en renonçant aux bus, un temps de parcours optimisé et une plus grande amplitude de l’horaire. 


 

Voitures à hydrogène ou électriques ?

Le professeur Christoph Ellert a ensuite présenté des perspectives de mobilité propre à l’horizon 2050. Selon lui, les voitures électriques devront être privilégiées pour les transports de courte distance et celles à l’hydrogène pour les longs trajets. Bien entendu, l’infrastructure, notamment pour la recharge, devra être adaptée et développée, tout comme la production d’énergie. Celle-ci devra faire appel davantage au photovoltaïque afin de ne pas augmenter l’empreinte CO2 de la mobilité.

 

Outil d’aide à la décision et réseaux de bornes e-bike

Léonard Evéquoz, coordinateur de l’Agglo du Valais central, a présenté le projet Mobetic, un outil d’aide à la décision dans le domaine de la mobilité. Celui-ci, qui est encore en développement, tient compte des besoins énergétiques. Selon Léonard Evéquoz, les données sont sous-évaluées au niveau politique et du territoire et cet outil pourra être vraiment très utile. Ismaël Grosjean de l’Etat du Valais et Diane von Gunten du CREM ont détaillé un projet transfrontalier (Suisse, France et Italie) autour de l’Espace Mont-Blanc. Celui-ci, baptisé Parcours I-tinérants autour du Mont-Blanc, souhaite encourager l’innovation et la mobilité verte dans les déplacements, tout en augmentant l’attractivité touristique. Les résultats sont attendus d’ici deux ans. 
 
Blaise Lovisa d’Altis Groupe a détaillé les efforts de son entreprise pour dynamiser la mobilité deux roues, grâce à des e-bikes et à des bornes rapides de recharge. « La consommation des 13 bornes déployées sur le territoire est en hausse (de 98 kWh en 2018 à 220 kWh en 2019). Les bornes les plus utilisées sont situées proches des restaurants d’altitude ». Un réseau est également en train de se mettre en place pour les voitures électriques, avec le défi du dimensionnement de l’infrastructure électrique. La participation au réseau Valt, qui uniformise les tarifs et la facturation au niveau du Valais, permettra aussi de faire avancer la mobilité électrique dans la région.  
 
 

Une tendance de fond vers la conduite autonome

Thibaut Müller, partenaire associé du bureau McKinsey de Genève, a dressé un panorama global des investissements dans la mobilité. Selon les différentes études faites, la grande tendance va vers la conduite autonome et de la mobilité partagée. Rien que dans la conduite autonome, près de 70 milliards de dollars ont été investis dans le rachat de sociétés l’an dernier. La conduite autonome pourrait être une réalité d’ici 2021-2023. Et cela sera très intéressant au niveau des coûts. Un taxi autonome permettra de diviser par trois les coûts par mile, par rapport aux taxis actuels. « Les prix finaux seront au niveau des coûts de la voiture privée et des transports publics. Il est donc important de lier les transports publics avec les voitures à conduite autonome. C’est une grande révolution, d’ici 2030 », selon Thibaut Müller. Les bus électriques vont également subir une forte hausse, selon McKinsey. « D’ici 2030, 75% des bus de transport public devraient être électriques dans le monde ». 
 
 

Autostop revisité, bus à la demande : des services innovants proposés dans les communes

Une table ronde a ensuite été organisée autour de la thématique des données, avant une présentation de différentes solutions de mobilité à la demande développées par les entreprises de transport public. Le but étant, notamment dans le cas des Transports publics du Chablais, de proposer des arrêts à la demande pour les lignes de bus. Cela permet d’augmenter l’amplitude des dessertes. Tout ceci est possible grâce à une application, dans laquelle les clients transmettent leurs demandes de transport. 
 
Le service QuickPick souhaite révolutionner le système d’autostop. Le but est de mieux informer des personnes à la recherche d’un transport sur un tracé donné. Le système fonctionne sans application, avec des bornes placées au bord de la route. La borne indique qu’il y a quelqu’un qui recherche un transport sur le tracé. C’est un système complémentaire au service de transport public, notamment dans les vallées. Un test est en préparation dans la région de Bruson, notamment vers les lieux les moins desservis en transports publics.
 
La conférence s’est terminée par le lancement du programme TechTour Mobility Scale-up, qui vise à faciliter les investissements dans les entreprises technologiques en lien avec la mobilité. Le VMIF et TechTour Mobility Scale-up se réunissent ainsi sous le label « Swiss Mobility Challenge », avec le soutien d’Innosuisse, l’Agence suisse pour l’encouragement de l’innovation. L’objectif est multiple : renforcer l‘innovation entre les acteurs locaux et internationaux des régions leaders en termes de mobilité, générer de nouveaux projets de développement et impliquer d’avantage les acteurs suisses dans la mobilité de demain !