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La mobilité en Suisse : un écosystème complexe

29.01.2020

Le domaine de la mobilité, et notamment son financement, est très complexe en Suisse. Fédéralisme oblige, de multiples acteurs sont impliqués, tant au niveau politique qu’économique. Un travail est à faire pour désenchevêtrer cela au niveau du Parlement fédéral. Telle est la conviction de Bernard Wuthrich, journaliste au Temps. Ce dernier s’exprimait lors du 4e Verbier Mobility Investment Forum, qui a eu lieu au début décembre au Châble (VS). 

L’Union Suisse des transports publics rassemble près de 250 entreprises actives dans le domaine. La complexité est donc importante, avec un si grand nombre d’acteurs. L’écosystème est également marqué par de forts lobbies régionaux. Bernard Wuthrich cite notamment la Conférence des transports de Suisse occidentale et le Comité du Gothard. « Ces derniers rajoutent des projets dont le Conseil fédéral ne voulait pas à la base, comme le doublement du tunnel du Lötschberg ou encore une réalisation sous-terraine entre la Chaux-de-Fonds et Neuchâtel ». 

 

Investissements difficiles à cerner

Avec 250 entreprises, il est difficile d’avoir une vue globale sur les investissements. Le financement est principalement assuré par le Fonds d’infrastructure ferroviaire, doté d’un montant de 4,5 milliards de francs par an. Les CFF ont reçu 3,5 milliards d’argent public, complété par une partie des recettes commerciales. Ces dernières sont donc aussi utilisées pour le financement du réseau. 
 
Au niveau du trafic régional, la Suisse compte 1400 lignes et 120 entreprises. « L’affaire CarPostal a montré que là aussi, c’était complexe, notamment au niveau de la législation ». Les indemnités sont censées couvrir les coûts et une loi interdit de faire du bénéfice sur les subventions. Pourtant, de l’autre côté, la Poste demande que ses filiales, y compris CarPostal, fassent des bénéficies afin de pouvoir verser un dividende à la Confédération. « C’est le serpent qui se mord la queue ». Le Parlement va devoir régler tout cela prochainement. 
 
Au niveau des instances de décision, l’Office fédéral des transports donne le ton. Les CFF ont également un rôle fort, tout comme les cantons et le Parlement. « Reste que les acteurs majeurs sont les cantons, qui mettent la pression au Parlement, notamment pour le financement. Le Parlement est composé de représentants de ces régions. Dans le cadre du fédéralisme, leur intérêt est à faire augmenter la facture de la Fédération ». 


 

Manque à gagner suite à la baisse des recettes sur les carburants

L’avenir des transports publics passe par la digitalisation, qui va apporter des changements majeurs, selon Bernard Wuthrich. « Le mobility princing, rendu possible par des applications digitales, permettra de mieux répartir le trafic sur la journée et d’organiser le travail différemment (télétravail, flexibilisation) ». Mais la mise en place va prendre du temps. Bernard Wuthrich donne l’exemple de la ville de Berne, qui souhaiterait introduire des péages urbains. La base légale pour de telles mesures n’existe pas au niveau fédéral. Le paiement des prestations de mobilité en fonction de l’utilisation remet également en cause de modèle de l’Abonnement général. 
 
L’autre grand défi du financement est la baisse annoncée des recettes liées aux impôts sur les carburants. Avec la hausse du nombre de voitures électriques, cette manne financière va inexorablement diminuer.


 
Propos recueillis le 5 décembre 2019 à l’occasion du VMIF