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Des huiles essentielles pour prendre soin des vaches… Et limiter la production de méthane

26.09.2018

Le problème est sérieux: selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les vaches laitières et les bovins d’engraissement produisent 4600 millions de tonnes d’équivalent CO2 par année. 100 fois plus que le total des émissions de la Suisse. Un peu moins de 50% de ces rejets le sont sous forme de méthane, principalement lorsque la vache rote pendant la digestion. Une problématique qui a touché Kurt Schaller, le co-fondateur d’Agolin, et son équipe. Il nous raconte comment lui et ses collègues ont décidé d’apporter leur pierre dans la lutte contre le réchauffement climatique.


CleantechAlps (CTA) : Quel est votre concept ?
Kurt Schaller (K. S.)
: Nous avons développé un mélange d’extraits de plantes destiné à améliorer la façon dont les aliments sont digérés par les vaches. Des essais universitaires démontrent que le produit AGOLIN RUMINANT peut influencer positivement le microbiote de la panse et minimiser les pertes nutritionnelles. Il réduit la production de méthane et d’ammoniaque, ce qui conduit à une meilleure utilisation de l'énergie et des protéines et par conséquent à une meilleure productivité chez les ruminants.
Lors d’un essai mené par l’institut de la recherche agronomique en France, où les vaches étaient nourries à base de maïs, la production de méthane entérique a été réduite de 30 % par animal!


CTA : Pourquoi vous être lancé dans ce projet ?
K. S. :
Lors du développement du produit pour ruminant il y a plus de 10 ans, il était important de trouver une formule qui corresponde à la demande de l’industrie. C’est-à-dire de créer un produit qui améliore la performance des animaux. Cela peut être au niveau de l’efficacité alimentaire (le ruminant obtient plus d'énergie pour la même quantité d'herbe mangée, par exemple), la production laitière ou le gain de poids chez les bovins d’engraissement.
Quand nous avons lancé notre projet, la réduction de la production de méthane induite par nos produits était un « effet secondaire » et il n'avait pas l'importance qu'il a aujourd'hui. La problématique autour du méthane produit par l’agriculture et en particulier par les élevages de vaches est devenue une source de préoccupation majeure lorsque le réchauffement climatique, et ses conséquences, sont devenus une thématique de société. C'est ces conditions qui ont permis à Agolin SA d’obtenir, dès 2010, des subventions de l’Union européenne pour accélérer la recherche.

Aujourd’hui, des études agronomiques en Angleterre, Espagne, Belgique, Allemagne et en France ont démontré l’efficacité de nos compléments alimentaires pour réduire entre 10 et 20% de la production journalière de méthane par animal. De plus en plus de clients industriels incorporent l’additif dans leurs aliments à cause de son effet « performance » et pour son effet environnemental.  
Au niveau mondial, si toute la population de vaches laitières et de bovins d’engraissement était nourrie avec nos produits, nous pourrions diminuer de 0.5 - 1% la production totale des gaz à effets de serre.

 
CTA : Vous avez pu constater d’autres effets positifs ?
K.S. : Tout à fait, à  trois niveaux. Les essais ont démontré qu’une meilleure digestion de l’aliment permet aux vaches laitières de produire davantage de lait (en mangeant la même quantité d’aliments), sans que sa composition ne change. En plus, les animaux perdent moins de poids durant la lactation ce qui indique une meilleure adaptation du bilan énergétique négatif. Le deuxième effet positif observé est que les vaches qui consomment nos huiles essentielles ont une augmentation de leur fertilité jusqu’à 15%. Un élément important quand on prend en considération le coût de l’échec des inséminations.
Le dernier avantage est une meilleure ingestion des rations, également un paramètre très important pour les producteurs.   


CTA : L’effet est-il immédiat et permanent ?
K.S. : Il y a un effet d’accoutumance au produit. On observe une diminution graduelle de la production de méthane (et une meilleure performance)  durant 3 - 4 semaines puis une stabilisation. Si vous arrêtez de nourrir les vaches avec le complément, l’effet disparaît de nouveau après la réadaptation de la flore microbienne de la panse après 3 – 4 semaines.
  

CTA : Est-ce que vos produits peuvent être utilisés dans une agriculture biologique ?
K. S. :
Oui, nous avons toute une gamme destinée aux exploitations bio. Nous sommes certifiés depuis 2010. Mais forcément, cette gamme est plus chère. Cela parce que toutes les matières premières qui composent la préparation doivent être certifiées biologiques et que leur production a un coût plus élevé que dans une production traditionnelle.


CTA : Quelles sont les prochaines étapes ?
K. S. :
Nous allons pouvoir agrandir, au niveau de l’organisation et de l’usine. En créant, notamment, une ligne de production supplémentaire. En Europe, la législation favorise la vente de nos produits puisque l’usage des antibiotiques comme facteur de croissance est interdit depuis 2006. En Suisse, un programme pour réduire des émissions de méthane des vaches a été soumis pour enregistrement auprès de l’Office Fédéral de l’Environnement. Le lancement du programme est prévu après son enregistrement. A l’avenir, la demande pourrait être créée par l’industrie alimentaire (supermarchés etc.) car ils cherchent à faire des produits plus écologique et durable.
 

CTA :  Que vous a apporté la plateforme CleantechAlps ?
K. S.
: La plateforme nous a aidés au niveau des démarches en Suisse. Elle nous a permis de rencontrer les bonnes personnes.  CleantechAlps a joué un bon rôle de lien avec les responsables de la Confédération, « World Alliance for Efficient Solutions » et d’autres organisations.

 

Agolin
Site web : agolin.com
Contact : Kurt Schaller, info@agolin.com

 

Kurt Schaller

 

Photo : Kurt Schaller (Agolin), Eric Plan (CleantechAlps) et Bertrand Piccard (World Alliance for Efficient Solutions)

 

 

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